La plupart des sujets ont leur meilleur film au cinéma. Le football a Jerry Maguire, le bowling a The Big Lebowski et les courses de chevaux ont Seabiscuit, pour ne nommer que ceux-là. Dans le secteur de la finance, la plupart des personnages de Wall Street sont personnifiés par des banquiers mécréants et un réalisateur, dont le père travaillait dans ce secteur, se plaignait toujours du manque de réalisme dans les films boursiers. Il n'en fallait pas plus pour donner à Oliver Stone l'étincelle de génie qui allait faire émerger ce somptueux gemme, qui a valu à Michael Douglas l'Oscar 1987 du meilleur acteur pour son interprétation glaciale de Gordon Gecko.
Bud Fox (Charlie Sheen) est un jeune homme voulant atteindre le sommet aussi vite qu'il le peut. Son mentor, qu'il n'a jamais rencontré, Gordon Gecko, fait la une des magazines la plupart du temps. Cependant, la vie de Bud ne lève pas. Dans le bureau où il travaille, c'est toujours la même chose: il atteint difficilement son quota, il travaille trop pour gagner peu, il habite un logement minable et est peu content de sa position dans la vie. Sa témérité à vouloir rencontrer son idole lui ouvre alors l'accès à un homme très occupé, mais dont les nerfs d'acier implacables lui permettent de se hisser au niveau des meilleurs. Profitant du fait qu'il s'agisse également de l'anniversaire de Gecko, Bud lui offre un tuyau sur une compagnie d'aviation pour laquelle son père travaille. Sans le savoir, Bud vient tout juste d'être admis dans le club des grands boursiers. En effet, il ne faut pas longtemps avant que les grandes transactions viennent à lui plutôt qu'à ses collègues qui font mine basse. Ainsi, pendant que ce dernier accumule les richesses, d'autres perdent jusqu'à leur poste. Bud remet alors son implication en doute lorsque Gordon Gecko parle de mettre la main sur la compagnie pour laquelle son père (Martin Sheen) travaille depuis 24 ans.
Véritable ode à la famille, la création et au marché des chiffres, "Wall Street" est une œuvre valant son pesant d'or. Tout de suite après le succès couronné qu'était Platoon, Oliver Stone remet le couvercle avec le meilleur film sur la finance qui existe. Des requins, il y en a partout, mais comme le dicte l'histoire, tout n'est pas noir et blanc. Il y a de subtiles nuances de gris à définir. L'interprétation énergique de Charlie Sheen n'a d'égal que celle de Michael Douglas et Martin Sheen, tous trois étant au meilleur de leur forme. Ainsi, ils rendent crédibles les aspects englobant la famille et les affaires. La scène réunissant ces deux éléments est tout simplement hallucinante tellement la tension monte entre les deux camps. La photographie de Robert Richardson se plie aux personnages et filme en véritable caméra introspective plutôt qu'en des plans mal fichus. Du beau travail. La scène finale est particulièrement frappante, contenant la rencontre ultime entre Gecko et Fox (les noms à caractéristiques animales ne sont pas là innocemment) n'est que le point culminant et chaud d'une lutte en préparation depuis la case 1. Plus haut est le bureau, plus dure sera la chute. Un film impeccable sous tous les niveaux et une interprétation frôlant la perfection, voilà tout ce dont mérite un tel script. En fait, le seul défaut est que le film se termine.
Vous aimez les bonus? Parce que "Wall Street" en est rempli. Les gourmands seront donc ravis de voir qu'Oliver Stone ne s'est pas gêné pour en faire une édition 20e anniversaire la plus complète qui soit. Des documentaires, des scènes coupées (avec des commentaires optionnels passionnants), une revuette sur le tournage et une piste de commentaires, voilà ce que proposent les deux galettes numériques remplies à craquer. Cela peut sembler bien mince, mais en regardant de près, la totalité des extras dépasse les deux heures sans compter les commentaires. Tout ce qui pouvait vous passer par la tête en ce qui a trait au film vous sera révélé dans les moindres détails. Ce film étant un hommage au travail que faisait le père du réalisateur de World Trade Center, il a décidé de mettre le paquet et paquet il y a. Seul manquement, les bandes-annonces, mais c'est si peu en comparaison.
L'image est superbe. Hormis un flou qui semble dominer certains plans, le reste est très bien retravaillé. Des couleurs au grain, en passant par la saturation, que du beau. La piste sonore également fait du bien aux oreilles, avec un son en 5.1, fait voler les dialogues et la folie de la bourse dans toutes les enceintes disponibles avec force. Les échanges entre Bud et Gordon sont davantage retentissants et la bourse encore plus réaliste. Les menus sont animés et musicaux, très bien adaptés au style du film. Une série de chiffres blancs est diffusée pour blanchir complètement l'écran et arrivent alors les images du film et une navigation aisée parmi les différentes pages.
"Wall Street" compte certainement parmi mes films favoris du réalisateur. Le ton sans compromis et les personnages mémorables (Terence Stamp, bien que dans un petit rôle, s'approprie toutes ses scènes avec conviction) en plus d'un portrait froid de la ville qui ne dort jamais finissent d'offrir au film son aura intemporelle. Ajoutez à cela les suppléments présents et vous obtenez le plus grand respect qu'un studio puisse faire à l'endroit d'un chef-d'œuvre. Un film à posséder dont vous ne regretterez pas... l'investissement.
| Film | 10 |
| Présentation | 9 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |