Selon Robert Bélanger
|
| Film | 7 |
Tom Powers (James Cagney) et Matt Doyle (Edward Woods) sont deux jeunes ados qui amorcent leur carrière de délinquants en effectuant diverses tâches pour Putty Nose, le leader d'un gang local. Ils graviront rapidement les échelons du crime organisé et finiront par joindre la bande de Paddy Ryan, spécialisée dans le vol et la vente illicite d'alcool aux tenanciers de bars. Bienvenue dans un monde où se côtoient violence, argent vite fait, belles voitures et femmes faciles. Malgré ses activités, Tom restera en contact avec sa mère et se buttera à son frère qui désapprouve son mode de vie. Tom est un dur qui n'a peur de rien, mais une guerre de gangs se profile à l'horizon.
Bien que l'on puisse tracer plusieurs parallèles entre le film précédent et "The Public Enemy", ce dernier demeure une oeuvre beaucoup plus achevée qui, hormis l'emphase mise sur le personnage central, offre un portrait beaucoup plus réaliste de l'Amérique au temps de la Prohibition. Alors que l'aspect sociologique était évacué de "Little Caesar", qui n'offrait aucune information sur le passé de Rico, le scénario met ici l'accent sur les facteurs familiaux et environnementaux à la source du crime. L'épilogue, sous forme de texte, nous rappelle d'ailleurs que "Tom Powers n'est ni un homme, ni un personnage, mais un problème que, tôt ou tard, la société se doit de résoudre". Évidemment, ce malin de Daryl F. Zanuck, l'un des bonzes de Warner à l'époque, se devait de trouver un argument pour contrer la critique et vendre ses films de gangsters. Quoi de mieux que de prétendre rendre service à la société!
La performance de James Cagney ressemble beaucoup à celle de E.G. Robinson dans "Little Caesar" sauf que Cagney est un acteur beaucoup plus physique. Son débit rapide est ponctué de mimiques et de gestuelle qui soulignent son passé de délinquant et renforcent son image de dur arrogant qui ne se laisse pas intimider. Comme pour Robinson, cette prestation permit à Cagney d'accéder au vedettariat. Le reste de la distribution se tire assez bien d'affaire, sauf pour Jean Harlow, dans un des premiers (et pires) rôles, qui a peine à rendre un texte qui, il faut le souligner, est parfois carrément insipide. Le film est réalisé par William Wellman et celui-ci, dans un style quasi documentaire, excelle à filmer la rue et à établir une atmosphère propice au déroulement de l'intrigue. Certaines scènes mémorables où l'action se déroule hors caméra et où l'on n'entend que le bruit du revolver sont, malgré les contraintes imposées par la censure, un modèle d'élégance et d'efficacité. "The Public Enemy" est un excellent film qui, avec "Little Caesar" et "Scarface", a établi les conventions d'un genre qui a marqué les années 1930.
| Film | 8 |
Le Black Mesa Cafe git au bord de la route au beau milieu du désert de l'Arizona. Alors que le propriétaire quitte le resto pour aller à une réunion, sa fille Gabby (Bette Davis) rêve d'un voyage en France et repousse les avances du pompiste. Arrive Alan Squier (Leslie Howard), un vagabond intellectuel qui stimulera les aspirations et les sens de Gabby. Alan reprendra la route pour revenir peu de temps après en compagnie d'autres clients et... du gangster Duke Mantee (Humphrey Bogart) et sa bande, traqués par la police.
Adapté de la pièce de théâtre du même nom de Robert E. Sherwood, "The Petrified Forest" est avant tout un film d'acteurs, l'intrigue se déroulant presque entièrement à huis clos à l'intérieur du café (thème repris dans Key Largo). Philosophie, idéalisme, littérature, les dialogues prennent le pas sur l'action qui se résume à la scène finale. Duke et sa bande n'apparaissent d'ailleurs qu'une trentaine de minutes après le début du film, mais l'impact créé par l'attente n'est que plus grand puisque son nom est mentionné à plusieurs reprises auparavant. L'aspect le plus intéressant du film est sans contredit la chimie qui s'installe entre Alan et Duke, malgré le contraste évident entre leurs personnages. L'un, intellectuel et cultivé, s'exprime en citant des oeuvres littéraires alors que l'autre, peu éduqué, se contente de phrases courtes et de monosyllabes. Mais les deux hommes sont des individualistes désabusés qui refusent de s'intégrer au système et se rebellent contre le pouvoir, l'autorité et les inégalités de la société américaine. Le café devient donc le symbole de la lutte contre cette "forêt pétrifiée" qui force l'individu à rentrer dans le rang et l'empêche de s'exprimer.
Howard et Bogart reprennent ici les rôles qu'ils avaient créés sur les planches. Le rôle de Duke avait d'abord été attribué à E.G. Robinson, mais Howard refusa de faire le film sans Bogart. Il s'agissait d'ailleurs d'un rôle marquant pour Bogart qui avait 37 ans et dont la carrière végétait. Howard joue les fatalistes de manière un peu trop absente, mais s'en tire quand même fort bien, alors que Bogart est parfait. Morose et cynique, sa performance est très intériorisée et il donne à Duke une présence à la fois tranquille et menaçante. Betty Davis est également excellente, ainsi que le reste de la distribution. La réalisation d'Archie Mayo, qui se contente de reproduire le look pre noir typique de Warner, est honnête sans plus.
"The Petrified Forest" est un film "songé" qui plaira davantage aux cinéphiles friands de performances d'acteurs qu'aux amateurs de films de gangsters avides d'action et de violence.
| Film | 8 |
Rocky Sullivan (James Cagney) et Jerry Connelly (Pat O'Brien) sont deux jeunes délinquants qui ont grandi ensemble dans le quartier pauvre d'Hells Kitchen à New York. Alors que Rocky s'enfonce dans le crime et passe de l'école de réforme à la prison, Jerry choisit un chemin différent et devient prêtre. Plusieurs années plus tard, Rocky sort de prison et n'a qu'une idée en tête, récupérer la somme d'argent importante que lui doit Jim Frazier (Humphrey Bogart), un avocat véreux avec qui il faisait des affaires illicites. Jerry, impliqué dans le travail social auprès des jeunes de la rue (le collectif Dead End Kids), retrouve son vieil ami avec plaisir, mais s'inquiète de l'influence néfaste qu'il pourrait avoir sur les ados.
Avec un nouveau code de production très sévère mis en place en 1934, Warner dû réajuster son tir puisque les avertissements inclus dans le prologue où l'épilogue d'un film ne suffisaient plus. La censure ne permettant plus de représenter les gangsters comme des héros qu'une jeunesse influençable pourrait émuler, l'accent devait être mis sur le crime en tant que problème de société et sur les moyens de le combattre. "Angels With Dirty Faces" nous sert donc un discours pas très subtil sur le bien et le mal, la morale et les vertus salvatrices du repentir. Sauf que malgré ces contraintes, le réalisateur Michael Curtiz (Casablanca) réussit le tour de force de faire paraître le gangster plus sympathique et intéressant que le curé, aidé en cela par une finale dont l'ambiguïté a certainement échappé aux censeurs.
James Cagney trouve ici un de ses meilleurs rôles, pour lequel il reçut une nomination aux Oscars. Alors que son Tom Powers dans "Public Enemy" était un dur unidimensionnel, Rocky est un personnage beaucoup plus complexe. Cagney conserve sa verve et l'aspect physique de la performance, mais celle-ci est beaucoup plus nuancée. Pat O'Brien joue avec retenue et justesse et, puisqu'il s'agit de sa sixième collaboration avec Cagney, le courant passe sans problème entre les deux hommes. Bogart et Ann Sheridan excellent également dans des rôles secondaires. Les Dead End Kids sont convaincants en jeunes de la rue, mais on a souvent l'impression qu'ils font leur petit numéro de "slapstick" sans se rendre compte qu'ils sont dans un film. "Angels With Dirty faces" est un exemple parfait de l'efficacité de la machine hollywoodienne de l'époque. Il n'y a ni excès ni temps mort et l'intrigue avance avec fluidité, sans effort apparent, menée de main de maître par Michael Curtiz, un vrai pro possédant un sens visuel hors du commun. À part les sermons, du bien bel ouvrage.
| Film | 8 |
À la fin de la Première Guerre mondiale, Eddie Bartlett (James Cagney), Lloyd Hart (Jeffrey Lynn) et George Hally (Humphrey Bogart) reviennent en Amérique après avoir combattu ensemble. Eddie devient chauffeur de taxi, Lloyd retourne à son métier d'avocat et George se joint à la bande du gangster Nick Brown. Mais les temps sont durs et Eddie, sous la tutelle d'une tenancière de bar clandestin nommée Panama Smith (Gladys George), créera sa propre affaire de production d'alcool illicite. Lloyd et George se joindront à lui, mais les intentions de ce dernier ne sont pas claires et Nick Brown ne verra pas la compétition que lui fait Eddie d'un très bon oeil. L'amour que porte Eddie envers Jean Sherman (Priscilla Lane), une jeune femme de bonne famille qu'il a engagée comme chanteuse dans son club, viendra compliquer les choses.
Avec "The Roaring Twenties", on atteint l'apogée du cycle des films de gangsters chez Warner. Écrit par Mark Hollinger, un célèbre journaliste affecté aux affaires criminelles, le scénario se veut un hommage aux années 1920 et aux films qui ont marqué cette époque. L'utilisation d'une approche documentaire qui intègre des montages de nouvelles commentées par un narrateur (les fameux "Newsreels") à l'action pour souligner les évènements marquants (fin de la guerre, Prohibition, montée du gangstérisme, etc.), ajoute au réalisme d'un film qui propose un regard nostalgique sur une décennie trouble qui a marqué l'histoire des États-Unis.
Encore une fois, le bien (Lloyd) et le mal (George) s'affrontent, mais un troisième personnage vient s'intercaler entre ces deux pôles. Eddie représente le bon gars, l'homme ordinaire, qui empruntera la voie du crime plus par nécessité que par choix. Et même s'il devient un dur, il conserve encore une grande part d'humanité. James Cagney, qui commençait à en avoir marre de jouer les gangsters, conserve tout son charisme dans un rôle qu'il aurait pu interpréter les yeux fermés. Bogart, qui joue encore les seconds violons, campe l'infâme crapule avec aisance et n'aura qu'une autre année à attendre avant que High Sierra ne fasse de lui une véritable star. Par contre, si Gladys George est parfaite en Panama Smith, Priscilla Lane déçoit en chanteuse de club, surtout que les numéros musicaux sont beaucoup trop longs et viennent casser le rythme du film. La réalisation de Raoul Walsh est dynamique et le mariage entre les scènes d'action, les dialogues rapides et les quelques touches d'humour donnent au film une belle énergie que l'atmosphère créée par le look pré noir de Warner vient savamment enrober. "The Roaring Twenties" est un film ambitieux et réussi qui a marqué la fin d'une époque. En coupant une quinzaine de minutes, on aurait obtenu un classique.
| Film | 8 |
Après avoir cambriolé un train et tué quatre employés, Cody Jarrett (James Cagney) et sa bande se réfugient chez Ma (Margaret Wycherly), la mère de Cody et co-meneuse du gang. Traqué par les forces de l'ordre, Cody se rend aux autorités et confesse être l'auteur d'un crime de moindre importance perpétré au même moment dans un autre état dans le but d'éviter la peine capitale. Mais l'agent fédéral Phil Evans (John Archer) place un espion, Hank Fallon (Edmond O'Brien), dans sa cellule dans le but de le faire parler. Pendant ce temps, le perfide Big Ed (Steve Cochran) prend la tête du gang et courtise Verna (Virginia Mayo), la femme de Cody.
Après 12 ans chez Warner, Cagney quitta le studio en 1942 pour lancer sa propre compagnie de production qui connut un succès mitigé. En 1949, dix ans après "The Roaring Twenties", Cagney retourne donc au bercail dans le rôle d'un personnage qui a marqué le début de sa carrière, le gangster. En cette époque d'après-guerre, le contexte social a passablement changé. La Prohibition est déjà loin et le crime organisé est de plus en plus... organisé. Les syndicats du crime ont remplacé les petits truands et l'information est tout aussi, sinon plus, importante que les poings et le revolver. De plus, la technologie développée pendant l'effort de guerre a rendu les méthodes policières passablement plus efficaces. À cet égard, "White Heat" jette un regard nostalgique sur le gangster d'antan et propose une vision apocalyptique d'une société rongée de l'intérieur par une nouvelle forme de criminalité.
En puisant dans le côté noir des gangsters qu'il a incarnés auparavant, James Cagney fait de Cody Jarrett un véritable psychopathe. Sadique à souhait, Cody est une véritable bombe à retardement qui peut exploser à tout moment. Il n'écoute personne, sauf sa mère qui le contrôle et tire les ficelles (Freud aurait sûrement mentionné Oedipe). Ceci est probablement le meilleur rôle d'un Cagney toujours aussi physique et énergique, qui incarne, non sans humour, ce fou furieux de façon saisissante. Margaret Wycherly excelle dans le rôle de Ma, à qui elle insuffle une tranquillité sinistre qui donne froid dans le dos, et Virginia Mayo joue la pétasse "cheap" à perfection. La direction de Raoul Walsh est ferme et il mène l'action rondement en utilisant un montage serré qui maintient la tension et tient le spectateur en haleine. L'approche quasi documentaire typique du film noir ajoute au réalisme et la trame musicale frénétique de Max Steiner supporte admirablement l'intrigue. "White Heat" mérite sa place au panthéon des meilleurs films de gangsters jamais réalisés. Comme ce film n'aurait jamais pu voir le jour tel quel dans les années 1930, mention spéciale aux censeurs pour avoir retrouvé leurs esprits.
| Film | 9 |
Côté technique, on doit encore une fois féliciter les gens chez Warner pour le respect avec lequel ils traitent leurs classiques. Les efforts effectués pour retrouver du matériel source en bonne condition et par la suite le restaurer doivent être soulignés. Ces recherches ont d'ailleurs permis de mettre la main sur deux minutes de pellicule de "Public Enemy" que personne n'avait vues depuis 70 ans! Pour des films de cet âge, la présentation visuelle est donc excellente. On remarque parfois des différences de qualité entre certaines scènes d'un même film, mais puisque l'on a probablement dû extraire la pellicule de plusieurs sources pour en arriver à une copie finale, il ne faut pas s'en étonner. Évidemment, on retrouve plus de saletés, de taches et d'égratignures sur "Little Caesar" que sur "White Heat" par exemple, mais ceci est normal puisque le premier a presque 20 ans de plus. En général donc, l'image est claire, bien que parfois granuleuse, et le contraste et le niveau des détails sont excellents. Le rendu des noirs est meilleur sur "White Heat", mais celui-ci est un véritable film noir alors que les films des années 1930 avaient un look plus sale, dépouillé et moins contrasté. La qualité sonore est également au rendez-vous. L'activité est évidemment concentrée dans les enceintes avant et le son est aussi clair et limpide qu'on puisse l'espérer. Le bruit des armes et autres effets audio paraissent parfois un peu sourds, mais il faut se rappeler qu'à cette époque, on utilisait la plupart du temps qu'un seul microphone. Les dialogues sont par contre facilement audibles et offrent un minimum de distorsion. Seul bémol, la musique m'est parfois apparue beaucoup trop forte par rapport aux dialogues et j'ai dû augmenter le volume du haut-parleur centre pour compenser. Les menus sont simples, agrémentés d'une légère animation (effet de brouillard, fumée sortant d'un revolver, etc.) et faciles à naviguer. Ils sont tous accompagnés de musique sauf pour "Little Caesar".
Chaque titre comporte essentiellement les mêmes suppléments. Pour débuter, "Warner Night at the Movies" nous propose une sorte de voyage dans le temps, puisqu'il permet de visionner le matériel qui était présenté au cinéma avant le film principal à cette époque, c'est-à-dire: la bande-annonce d'un film de Warner, un "Newsreel" qui présente les nouvelles marquantes de l'année (politique nationale, internationale, sports et gangsters!), un court métrage (la plupart du temps une comédie), et une bande dessinée. Une brève introduction (optionnelle) du critique Leonard Maltin permet de mettre ces éléments en contexte. Il est d'ailleurs fort intéressant d'apprendre comment un studio utilisait ce segment pour promouvoir ses films, les acteurs sous contrat avec lui et même les chansons dont il détenait les droits. La machine hollywoodienne était déjà bien huilée! Par la suite on retrouve un documentaire, produit spécialement pour cette sortie DVD, où critiques, auteurs, historiens du cinéma, ainsi que le réalisateur Martin Scorsese sur certains titres, nous offrent des commentaires pertinents sur le contexte historique, le film, les acteurs, les studios, l'évolution du genre, la censure, etc. Un pur délice pour les cinéphiles. Chaque film comporte également une piste de commentaires avec un expert en cinéma qui explore en détail tous ces thèmes. Plusieurs des intervenants sont d'ailleurs les mêmes que sur les documentaires. C'est parfois un peu aride et didactique, mais toujours intéressant et informatif. La bande-annonce du film vient terminer les suppléments communs. "The Petrified Forest" et "Angels With Dirty faces" nous offrent en plus une adaptation radiophonique de ces oeuvres.
"The Warner's Gangsters Collection" nous permet de suivre l'évolution d'un genre, et de la carrière d'acteurs qui ont marqué le cinéma, au travers de six excellents films qui jouissent d'une présentation DVD quasi impeccable. C'est également le portrait et le reflet d'une époque trouble où les véritables gangsters et ceux de l'écran se disputaient la fascination d'un public avide de sensations fortes. La fiction se confondait donc avec la réalité sauf pour un truc: pour Warner le crime a payé!
| Menu | 6 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |