Au début des années 1970, on redécouvre le western, genre cinématographique dont plusieurs croyaient qu'il appartenait définitivement au passé. Durant les années 1950 et 1960, le western avait en effet atteint son apogée, puis les vétérans se faisant vieux, on abandonna lentement l'Ouest américain et ses cow-boys. Il est certain que les westerns traditionnels, mettant en vedette des stars un peu glamours, dans des décors de cartes postales, ne pouvaient plus s'attirer les faveurs d'un public qu'on habituait tranquillement à un cinéma plus réaliste et qui montrait les choses de façon beaucoup plus crue. "The Culpepper Cattle Co.", dont il est ici question, s'inscrit dans cette vague plus moderne du western.
Le réalisateur de ce film, Dick Richards, compte bien peu de films à son actif. Son film le plus célèbre (le seul en fait qui ait connu une certaine notoriété) est "Farewell my Lovely" mettant en vedette Robert Mitchum, remake de Murder My Sweet, classique du film noir. Aucun de ses autres longs-métrages n'est parvenu à plaire au public ou à la critique. "The Culpepper Cattle Co." raconte les tribulations d'un jeune garçon, Ben Mockridge (Gary Grimes) qui abandonne sa mère pour devenir cow-boy, un rêve qu'il caresse depuis l'enfance. Il décide de s'engager auprès de Frank Culpepper, un propriétaire terrien, qui part pour aller vendre ses bêtes au Colorado. Ben, étant très jeune, et ne connaissant pas grand-chose dans le maniement des armes, devient l'aide du cuistot, un vieil homme rustre qui lui avoue candidement regretter qu'il ne soit pas une fille. Ben est d'ailleurs surnommé "Little Mary" par les autres cow-boys, dont il voudrait tant être respecté.
Les cow-boys travaillant pour Culpepper sont en fait des brutes sauvages. Ils ne sont pas du tout conformes à l'image héroïque que Ben espérait trouver avec eux. Notre jeune héros découvre un monde encore plus dur que celui qu'il appréhendait. Le film montre donc comment le jeune garçon perd ses illusions, confronté à une dure réalité. Mais, ne nous y trompons pas. Ce n'est pas la nature, ni les bêtes sauvages qui sont les pires ennemis de Ben, mais les hommes. L'Ouest est ici dépeint comme une terre grouillant d'êtres abjects, étant prêts à tout pour de l'argent, même au meurtre.
"The Culpepper Cattle Co." est donc un film très violent. Il est toutefois très habilement réalisé par Dick Richards. Le réalisateur parvient à installer un climat glauque qui accompagne très bien le malaise ressenti par le jeune Ben. Les décors, sombres et sales sont très réalistes. On voit, et ce, dès le générique du début qui nous montre de magnifiques imitations de photos d'époque (parmi les plus réussies qu'il m'ait été donné de voir), qu'un soin maniaque a été apporté aux détails. De plus, la distribution est parfaite. Aucun des acteurs n'est connu, mais cet anonymat ajoute au réalisme qui imprègne toute la production.
À la fin du film, les "amis" de Ben, impressionnés par la bonne foi du jeune homme et par sa générosité, entr'aperçoivent que leur vie aurait pu être différente s'ils avaient respecté davantage leurs prochains. Ils tentent donc de venir en aide à une communauté de pèlerins qu'on veut chasser de leurs terres. Mais il est trop tard pour qu'un quelconque salut soit possible pour eux. Ils mourront tous, et Ben retournera complètement désillusionné vers sa mère qu'il n'aurait pas du quitter.
J'ai beaucoup aimé ce film dur, mais fort. Il s'agit pour moi d'une découverte très intéressante. Je le conseille même à ceux qui ne sont pas mordus des westerns. Il s'agit en fait d'un terrible conte initiatique, riche en réflexions sur la place qu'occupe la violence dans la société, toutes époques et pays confondus. Toutefois, la qualité technique du produit laisse un peu à désirer. Les couleurs sont un peu fanées. On ne nous offre également aucun supplément, si ce n'est d'inutiles photos de tournage.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |