Anthony Mann fut considéré à son époque par ses pairs comme le plus grand cinéaste de films westerns, après bien sûr John Ford. Entre 1950 et 1960, il réalisa pas moins de onze westerns dont figure parmi eux quelques chef-d'œuvres tels, Winchester 73, The Naked Spur, The Man From Laramie et The Tin Star. L'armée américaine communément appelée "les tuniques bleues" a été trop souvent présentée au cinéma comme une machine militaire surgissant au dernier moment pour sauver la veuve et l'orphelin. En 1955, Mann dirigea un film sur la grandeur militaire, mais qui s'estompe rapidement devant un conflit purement passionnel intitulé "The Last Frontier".
Anthony Mann nous a dépeint une vision plus humaniste de ces soldats qui donnaient habituellement leurs vies à ce métier. Dans ce film, le colonel Frank Marston personnifié par l'excellent Robert Preston est un homme obscur, borné, intraitable et assoiffé de sang indien. Surnommé "le boucher de Shiloh" durant la guerre de Sécession, pour avoir conduit mille cinq cent hommes directement à l'abattoir au cours de la célèbre bataille du 6 et du 7 avril 1862. Marston est tellement obsédé par la capture du chef Indien Red Cloud (Manuel Dondé) qu'il délaisse totalement sa femme Corrina (Anne Bancroft). Elle ne reconnaît plus son mari, elle avoue son amour à l'homme, pas la tunique bleue. Mais pour le colonel Marston, l'uniforme représente tout, rien au monde n'est plus important à ses yeux. Seule et abandonnée, elle devient alors une proie facile pour le trappeur Jed Cooper (Victor Mature) qui éprouve énormément de sentiment envers elle.
Le trappeur Jed Cooper est un homme de nulle part, il représente pour Corrina tout l'imaginaire, l'inconscient, voire l'interdit. Victor Mature est réellement étonnant dans la peau de son personnage qu'il incarne avec une certaine nonchalance, le rendant absolument sympathique. Il est cependant regrettable que Mann n'ait pas plus approfondi ce héros passionnant, plus sauvage que nature. "The Last Frontier" m'a également surpris par l'absence presque totale de la violence physique, même la charge héroïque du colonel Marston à la fin du film est pratiquement exempte de brutalité... si prisée à cette époque au cinéma américain.
L'image a été très bien nettoyée de ses imperfections et seuls quelques points blancs et rayures viennent nous rappeler l'âge de cette production cinématographique (50 ans). La définition n'est pas optimale laissant ainsi paraître un niveau de détail insuffisant. Les couleurs manquent d'éclat et de pureté. De plus, l'image est marquée par une fluctuation du niveau des noirs qui manque indéniablement de profondeur et d'intensité. L'aspect sonore est bien rendu et les dialogues sont toujours nets et intelligibles. La musique de Leigh Harline est très ordinaire et habille mal l'action. Toutefois, j'ai aimé la chanson thème composée par Lester Lee, elle est amusante et très rythmée. En ce qui concerne les sous-titres, vous ne trouverez que de l'anglais et du japonais. L'absence du français déçoit énormément. "The Last Frontier" est un film sobre d'Anthony Mann et n'a pas d'autre ambition que celle de distraire. Au niveau des suppléments, vous pourrez voir une bande-annonce promotionnelle en chaîne de plusieurs westerns qui ont marqué l'histoire du cinéma et la Columbia.
Une édition malgré tout satisfaisante techniquement, mais dont la restauration globale aurait pu être un peu plus poussée. Ce film n'est peut-être pas un chef-d'œuvre, mais néanmoins, il est agréable à regarder et mérite sûrement une place dans votre vidéothèque.
| Film | 5 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 4 |
| Audio | 5 |