Dans le territoire du Nouveau-Mexique vers la fin de la guerre de Sécession, un Indien du nom de Sierra Charriba et ses quarante-sept guerriers apaches mettaient à sac une région presque trois fois plus grande que le Texas. Le 31 octobre 1864, une compagnie entière de la cinquième cavalerie des États-Unis partie de Fort Benlin pour l'abattre, tombera elle-même dans une embuscade au ranch des Rostes et sera entièrement massacrée, hormis trois enfants que les apaches enlèvent et conduisirent avec eux de l'autre côté de la frontière... pour en faire des guerriers et également le clairon Timothy Ryan (Michael Anderson Jr.) seul survivant de la cinquième cavalerie et qui, grâce à son journal personnel, nous livra le seul récit existant de cette horrible tragédie. S'ensuivit une campagne quasi-suicide à la poursuite du cruel Charriba, organisée par le major Amos Charles Dundee (Charlton Heston) qui parvint à réunir une poignée de volontaires, dont plusieurs parmi les prisonniers, composés de soldats sudistes et de renégats et qui seront sous le commandement du capitaine Benjamin Tyreen (Richard Harris). Cette traque effrénée s'arrêtera finalement le 19 avril 1865, après une kyrielle de combats contre les apaches et l'armée française et où plusieurs soldats du major Dundee tomberont au champ d'honneur.
Le film "Major Dundee" du réalisateur Sam Peckinpah sortit sur les grands écrans new-yorkais le 7 avril 1965. Malgré un accueil assez favorable du public, Sam Peckinpah était tellement déçu par le résultat final, qu'il renia son œuvre. Il dira plus tard en entrevue: "C'est un film tellement massacré au montage que je suis surpris quand on me dit y trouver quelque chose de construit et de personnel!". En effet, Peckinpah avait refusé au moment du montage de retirer une séquence de massacre qui ouvrait le film. De son côté, la production croyait que le cinéaste dépassait le plan de tournage qui était de cinq semaines en extérieurs au Mexique. Voyant beaucoup d'embûches empêchant de terminer ce film, l'acteur Charlton Heston, qui affectionnait cette aventure épique, décida de redonner entièrement son salaire afin que l'on puisse terminer ce western peu banal à la Peckinpah.
Malheureusement, le producteur Jerry Bresler décida unilatéralement de monter à sa manière l'épopée du "Major Dundee" en coupant vingt-cinq minutes de pellicules, une pure mutilation... "Alea jacta est"... ou autrement dit, le sort en est jeté... Parmi les séquences coupées, il y eut notamment celle d'ouverture que je mentionne un peu plus haut et que nous pouvons revoir dans cette version longue et la fin du film où tous devaient finalement trouver la mort sans trouver l'Indien renégat Charriba. De plus, plusieurs scènes avec le personnage d'O. W. Hadley interprété par l'acteur fétiche de Pekinpah, Warren Oates, furent littéralement détruites et aussi un combat au couteau entre James Coburn et Mario Adorf que nous pouvons fort heureusement revoir dans le supplément "Silent Extended Outtakes.
Pour Sam Peckinpah, il était très significatif que Dundee ne rattrape pas l'apache Charriba, c'est ce qu'il dira en voyant son œuvre charcutée par un producteur sans scrupule, fou et paranoïaque. De son point de vue de cinéaste, il voulait montrer que cette quête était un but en lui-même et qu'il s'agissait d'une poursuite mythique sans fin. D'ailleurs vous pouvez entendre les commentaires d'historiens qui viennent commenter l'œuvre de Sam Peckinpah sur le DVD et découvrir toutes les anecdotes entourant le tournage du "Major Dundee".
Dans le matériel supplémentaire, on peut voir "Vintage Stunts Featurette - Riding for a Fall" où nous entendons le récit de cascadeurs expliquer comment ils ont chorégraphié les chutes à cheval et les scènes de batailles. Dans "Extended Scene - Major Dundee and Teresa" nous trouvons une belle séquence additionnelle où Charlton Heston et la très séduisante Senta Berger sont en train de se baigner nus et qui fut supprimée au montage par le producteur, la jugeant trop osée. Quant à "Extended 20-minutes Excerpt from Mike Siegel's Film Passion & Poetry - The Ballad of Sam Peckinpah", c'est plusieurs artisans de ce film qui nous racontent leur aventure dans cette galère que fut le "Major Dundee" et de leur expérience avec Sam Peckinpah sur le plateau de tournage. L'acteur James Coburn, qui personnifie l'éclaireur Samuel Potts, dira de son ami réalisateur qu'il était un être énigmatique, fascinant, qui cultivait pas mal de mauvaises habitudes. Il buvait trop, ce qui l'a tué d'ailleurs et dégageait aussi beaucoup de négativité, créant parfois le chaos autour de lui. On retrouve aussi sur ce DVD deux bandes-annonces, l'originale du film et également la version 2005 beaucoup moins énergique.
Qu'elle ne fut pas mon étonnement de contempler la superbe qualité de ce transfert, présentée en format original de 2.35:1, malgré les quarante ans du film. L'image est particulièrement bien définie, ce qui est capital pour un film présentant des panoramas du Mexique. Les couleurs sont riches, saturées et vivantes, les tons de peau sont rendus avec naturel et justesse. On ne remarque aucune variation de la brillance et du contraste. Le niveau des noirs manque de profondeur et d'intensité et est plutôt désagréable lors de scènes sombres où nous avons du mal à voir certains détails. Il n'y a pas moins de trois bandes sonores sur cette édition et tout comme pour l'image, une restauration a été effectuée. Elle a évidemment permis de nettoyer la bande de parasites sonores en plus de normaliser les fréquences. La bande-son anglaise Dolby Digital 5.1 a été réalisée avec délicatesse. L'esprit général de ce mixage respecte l'œuvre.
La trame sonore du compositeur Christopher Caliendo sur la bande-son Dolby Digital 5.1 a une belle présence, mais manque à mon point de vue d'originalité et de punch, elle est loin d'équivaloir l'éblouissante composition très raffinée de Daniele Amfitheatrof que nous retrouvons uniquement sur la bande originale mono, son fameux "Major Dundee March". Il s'agit d'une magnifique pièce chantée dans le film par un chœur, le Mitch Miller's Sing Along Gang qui accompagne cette chasse à l'homme tout au long de cette histoire. Il s'agit probablement là d'une des plus grandes musiques de western du septième art. Elle est audacieuse, recherchée, captivante et magnifique tout à la fois. Les dialogues sont naturels et clairement intelligibles. La bande sonore française, bien qu'agréable d'écoute, n'a pas l'impact du Dolby Digital 5.1 anglais. Il est important de préciser que les séquences ajoutées n'ont pas de doublage français, mais le sous-titre en français apparaît aussitôt.
"Major Dundee" est à mon humble avis un DVD exceptionnel de par sa qualité audio et surtout vidéo, permettant à cette oeuvre du passé de retrouver quarante ans plus tard sa qualité originelle et d'enchanter à nouveau les nombreux fans du western. "Major Dundee" est un incontournable qui mérite sa place dans votre vidéothèque.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |