L'ouverture du film "The Tin Star" est un modèle des westerns d'Anthony Mann... Morgan Hickman (Henry Fonda), impassible, traverse une petite ville sous le regard horrifié de ses habitants. La caméra vient cadrer le deuxième cheval que Hickman tient par sa bride. Sur ce cheval, un sac contenant un cadavre que Hickman va déposer devant le bureau du shérif. En quelques plans tout est en place: le décor, les personnages, le thème.
Morgan Hickman vient réclamer la prime de $500 pour le hors-la-loi qu'il a capturé. La population le reçoit avec une certaine hostilité. Un peu plus tard, Hickman sauve la vie du jeune shérif Ben Owens (Anthony Perkins) lorsque ce dernier est confronté au redoutable et trouble-fête Bart Bogardus (Neville Brand). Le shérif Owens lui demande de rester pour lui apprendre son métier. Hickman, lui-même ancien shérif reconverti en chasseur de primes après la mort de sa femme et de son enfant, est un homme triste et fatigué... Il refuse au départ, puis accepte l'offre de Owens. Il devient alors pour Owens un précieux mentor et un merveilleux pédagogue dans le maniement du revolver...
Anthony Mann a été un cinéaste de premier plan dans cette tendance à rendre vulnérable un héros jadis indestructible. Violents, mais sans complaisance, les westerns de Mann comportent toujours des scènes d'agressions physiques que le regard du cinéaste fixe sèchement. Filmé en plan éloigné, rapproché et en contre plongé, le tout juxtaposé à un paysage austère, la violence chez Mann joue le même rôle que le décor: elle replace l'homme à ses justes proportions et replace la saga westernienne dans sa perspective humaine. Il y a une scène étonnamment bien filmée, c'est lorsque Fonda et Perkins s'entraînent aux revolvers au bord d'une rivière... Mann a eu la brillante idée de nous dévoiler en très gros plan comment un professionnel de la gâchette dégaine son Colt de son étui. Ce classique en noir et blanc qu'est "The Tin Star" n'est pas son meilleur film si nous le comparons à ses chefs-d'œuvre tels, Winchester 73, The Naked Spur ou encore The Man from Laramie, mais il n'en demeure pas moins qu'il s'inscrit parmi les meilleurs westerns des années cinquante.
L'étoile en fer-blanc que porte sur lui le shérif représente l'ordre et la loi. Ses concitoyens soupirent après la justice, mais ils savent toujours se mettre du côté des plus forts, jaugeant l'équilibre des puissances. Si les tenants de l'illégalité l'emportent, le représentant de la loi cherchera en vain un appui légitime, puisque tous le laisseront tomber. Un thème qui fut souvent exploité dans des westerns mémorables tels, High Noon de Fred Zinnemann et Firecreek de Vincent McEveety.
La performance d'Henry Fonda dans "The Tin Star" n'est pas proprement dit remarquable, mais son personnage de Morgan Hickman est très chaleureux et prenant. Il se glisse une fois de plus, avec l'aisance qu'on lui connaît, dans un rôle de justicier solitaire, qui croit fermement que la seule et unique façon de régler un problème est d'appliquer la loi et que l'utilisation du revolver est le dernier instrument pour faire raisonner tous ceux qui contreviennent aux règlements juridiques de la ville.
Pour cette édition DVD, la Paramount n'a pas fait un très bon travail: l'image est tout à fait exécrable. Nous ne sommes pas loin de la référence en matière de médiocrité en restauration. Le transfert est franchement déplorable. L'image en noir et blanc est d'une grande instabilité et le contraste y est pitoyable. Les noirs n'ont aucun éclat et pratiquement aucune profondeur. Les tons de gris de leur côté, ne donnent guère de détail et de relief aux visages des personnages de ce long-métrage. La définition est aussi abominable. Lors des scènes de nuit... nous ne voyons pratiquement rien et vous serez obligé tout comme moi, de deviner ce qui se déroule sur notre écran, ce qui est assez frustrant, vous en conviendrez.
Au niveau sonore, c'est beaucoup mieux fort heureusement. La dynamique de la bande-son, remaniée en Dolby Digital 5.1, est excellente et fait contraste à la version mono. On retrouve ainsi la musique d'Elmer Bernstein dans toute sa splendeur, très éclatante et déployée, remplissant tout l'espace et démontrant toute l'ampleur de son talent. On remarquera la manière dont le compositeur s'amuse à développer son thème principal qui accompagne ainsi les grandes scènes d'action du film. On retrouve aussi les rythmiques habituelles de Bernstein avec ses cordes et ses cuivres, se laissant emporter sur des airs rapides et rythmés que l'on entend régulièrement dans ses partitions. Le style s'approche étrangement de la composition qu'il fera trois années plus tard dans The Magnificent Seven. Les dialogues sont toujours parfaitement nets et intelligibles dans les deux versions anglaises.
Bref, une édition DVD de bonne qualité malgré tout, même si elle est un peu gâchée par une image en dessous de nos attentes. Toujours est-il que ce western est réellement passionnant et les acteurs offrent une extraordinaire performance. Pour tous les fans de westerns, ce DVD doit assurément avoir une petite place dans votre vidéothèque.
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