"Wyatt Earp" marque la seconde collaboration de Kevin Costner avec le réalisateur Lawrence Kasdan et le film qui l'avait révélé au monde entier, Silverado. Ce western de plus de trois heures raconte les tribulations d'un héros de l'Ouest qui s'impose comme shérif... C'est toute l'histoire de Wyatt Earp (Kevin Costner) que ce film nous présente d'une façon incroyablement spectaculaire, de son enfance jusqu'à la fin de sa vie. Jeune homme respectueux des lois, Wyatt Earp sombre dans l'alcoolisme après la mort de sa femme. Arrêté pour vol de chevaux, il est condamné à la potence...
Heureusement, son père Nicholas (Gene Hackman) qui est avocat, le sauve d'une mort certaine et l'oblige à quitter la ville immédiatement. Wyatt Earp déguerpit alors du Missouri vers l'Ouest sauvage. Messager d'abord, puis chasseur de bisons professionnel, il devient rapidement dégoûté par toute cette tuerie inutile. Dès lors, il représente la justice dans les marchés à bestiaux du Kansas, depuis Wichita jusqu'à Dodge City où il devient shérif adjoint, puis il se rend à Tombstone, un centre minier de l'Arizona, où vit son frère, le shérif Virgil Walter Earp (Michael Madsen). Ils écriront l'une des plus grandes pages de l'histoire de l'Ouest américain, le règlement de compte de O.K. Corral. Doc Holiday (Dennis Quaid) viendra leur porter main forte contre la famille Clanton qu'ils élimineront.
Kevin Costner aime personnifier au cinéma des héros ambigus, souvent dépassés par leur époque, la morale fixée au corps, mais prêts à tout pour imposer leur point de vue, allant parfois jusqu'à tuer si cela s'avère nécessaire. Ce projet très ambitieux à porter à l'écran, a été traité d'une manière presque documentaire. Pendant plus de trois heures, nous pouvons voir défiler la vie de cette singulière figure de l'Ouest américain qui se révèle souvent aussi violent que les voyous qu'il traque. Wyatt Earp est un homme armé d'un revolver à très long canon afin d'atteindre sa cible sur une plus longue distance et traînant avec lui sa réputation de tireur rapide.
Les prises de vue d'Owen Roizman sont à la fois belles et saisissantes, qu'il s'agisse de paysages soigneusement composés ou de séquences de groupe ou d'actions se déroulant dans un décor rude et dépouillé. C'est une œuvre certainement romantique, mais aussi respectueuse de l'époque. L'action est nerveuse et l'histoire est magnifiquement racontée. Lawrence Kasdan se laisse aller, selon son habitude, mais ici l'abandon porte ses fruits et se teinte de magie. Il rivalise avec tout ce que le genre a produit en matière de séquences de fusillades. Kasdan surimpose les états d'âme, communiquant à l'ensemble... vigueur et force dramatique. Bref, "Wyatt Earp" constitue une saga palpitante, empreinte d'amour, d'aventures et de courage mythique malgré une certaine lourdeur narrative.
Le scénario écrit par Dan Gordon et Lawrence Kasdan suit une structure bien définie... la première partie semble plutôt lente tandis que la seconde partie est plutôt mouvementée, surtout avec la présentation de la fameuse bataille de O.K. Corral. La maîtrise de Kasdan à la barre de cette grande épopée prouve sans l'ombre d'un doute qu'il est l'un des meilleurs réalisateurs de sa génération. Sa direction artistique est sans reproche et les acteurs se sentent tout à fait à l'aise dans la peau de leur personnage.
Ses plans de caméra sont exquis, les travellings avant donnent tout le dynamisme voulu, surtout lors des scènes d'action qui sont magnifiquement bien soutenues par la musique de James Newton Howard et s'avérant être à mon avis l'une des meilleures compositions de sa filmographie.
On y retrouve tout le talent et le style d'Howard, mélangeant aventure, romantisme et action. Le générique de début introduit une mélodie de cors qui est en fait le thème principal, graduellement on passe aux cordes, puis finalement à l'orchestre. Ce thème majestueux représente le personnage de Wyatt Earp et de sa foi en la justice et au respect des lois. Sans être véritablement héroïque ou triomphant, le thème représente les valeurs du personnage de Wyatt Earp. Une ambiance plutôt joyeuse, utilisant un accordéon et une guitare pour les scènes où Wyatt va en ville et aide son père au champ. Howard retranscrit une certaine ambiance de l'Ouest avec des instruments aux consonances locales, notamment le fameux violon de l'Ouest américain.
Wyatt perd sa femme et ce dernier devient shérif à Tombstone. La musique d'Howard devient plus tendue, plus obscure, au fur et à mesure que se profile à l'horizon la menace d'un règlement de compte imminent à l'intérieur de la ville. La musique représente aussi la détermination de Wyatt à aller jusqu'au bout, suivant les conseils de son père (tirer pour tuer). Tendue et nerveuse, la musique du règlement de compte prend alors un rythme martial. Howard réussit à illustrer avec brio la séquence où l'on voit la bande des quatre shérifs avancer d'un pas déterminé dans la ville, armés jusqu'aux dents pour venir affronter leurs ennemis, cette tension de sentiments étant clairement visible sur leur visage.
La musique exprime clairement l'inexorabilité de l'affrontement, l'impossibilité de revenir en arrière. La bande-son anglaise Dolby Digital 5.1 rend vraiment justice non seulement à l'œuvre d'Howard, mais également aux effets sonores des fusillades, ce qui n'est pas tout à fait le cas avec la bande-son française 2.0 qui ne nous donne pas la même amplitude sonore. Bref, la dynamique y est véritablement stupéfiante. L'environnement profite d'une profondeur et d'une présence surprenante. Des effets d'ambiances bien gérés sont omniprésents et donnent littéralement vie aux paysages. Les dialogues sont naturels et toujours intelligibles.
L'image est dans l'ensemble d'assez bonne facture... Cependant, nous pouvons remarquer une image parfois granuleuse, quelques points blancs et d'autres petits défauts ici et là, mais sans que cela ne vienne trop nous déranger. Le directeur de la photographie a opté pour une palette de couleurs tamisée et douce, les visages ont des teints très naturels et bien détaillés. Le contraste et la définition sont excellents.
Au niveau des suppléments, vous les trouverez sur le deuxième disque: Primo "It Happened That Way" un documentaire très intéressant sur le tournage du film où les principaux maîtres d'œuvre tels, Kasdan, Costner et Hackman, viennent nous livrer pour notre plus grand bonheur leur opinion et leur expérience sur cette fabuleuse saga hors du commun.
Secundo le documentaire "Wyatt Earp: Walk With a Legend" est présenté par l'acteur Tom Skerritt qui jette un bref coup d'œil sur des productions passées. La narration de Skerritt est captivante, mais la présentation est plutôt ennuyeuse. Ce document télévisuel de 1994 est clairement promotionnel. Tertio la partie "Lifted scenes" d'une durée de dix-huit minutes, montre plusieurs scènes retranchées du film par le réalisateur. Quarto la bande-annonce de "Wyatt Earp".
En somme, "Wyatt Earp" est un très grand spectacle haut en couleur, avec des scènes mémorables et une performance exceptionnelle des comédiens. Malgré quelques longueurs, ce long-métrage est l'un des meilleurs westerns de l'histoire du cinéma américain. En conséquence, ce double DVD est un inévitable dans votre vidéothèque.
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