Le genre le plus difficile à transcender est possiblement le film d'horreur. Pour quelques cinéastes qui arrivent à sortir des chemins maintes fois arpentés, il y en a une dizaine qui se perdent à remâcher la même histoire avec des éléments similaires et une atmosphère qui tourne à vide. Lucky McKee fait partie de ce lot et si son "The Woods" est esthétiquement très soigné, il ennuie rapidement pas son abus de conventions effarantes.
Abandonnée dans une école de redressement perdue au milieu de nulle part, la jeune Heather (Agnes Bruckner) commence à se poser de sérieuses questions sur ce lieu qui pourrait bien être maléfique. En effet, elle a entendu la légende évoquant la présence de sorcières qui ont mystérieusement disparu il y a de cela plusieurs décennies. Son entourage commence également à la mettre à l'écart, alors que les pratiques des enseignantes et de la directrice (Patricia Clarkson) sont plus que douteuses. Quant aux voix qui la tourmentent tard dans la nuit, elles n'inspirent guère confiance. Mais impossible de fuir, car le bois semble hanté et terrifiant...
Condensé en 91 petites minutes, "The Woods" avait le potentiel d'étonner sur son passage. Son ambiance est très bien développée et les effets sonores font sursauter allègrement. Dans un univers baigné par quelques pièces musicales finement choisies, des voix viennent parfois se perdre dans une cacophonie de bruits austères. Pour une ordinaire piste sonore Dolby Digital 2.0 en français, il y a une déroutante piste Dolby Digital 5.1 en anglais pour venir s'accaparer des différents haut-parleurs. Des murmures, des sifflements, des hurlements : difficile de ne pas être alerte lorsque la tension apparaît.
Ce son si représentatif d'un état de déséquilibre annoncé se combine à des décors crédibles et enivrants. Les images alternent entre des plans vieillis évoquant les années 1960 et des scènes plus surréalistes à la blancheur incandescente. Les contrastes réussis amènent une bonne sélection des couleurs et le soin apporté aux teintes plus sombres est louable. Les sous-titres jaunes sont également splendides à lire. Sauf qu'ils n'apparaissent pas toujours, ce qui peut être très problématique.
Cette coquille brillante n'arrive pourtant jamais à voiler les faiblesses qui grugent le long-métrage de l'intérieur. Le scénario, évoquant à la fois Dario Argento, Stanley Kubrick et Brian DePalma, n'est pas particulièrement original. Au lieu d'étonner, cette réalisation anonyme de Lucky Mckee ressemble à un Craft sans humour. Un lieu à éviter, un méchant bois, des hallucinations, des songes divergents, des rêves prémonitoires : les formules sont recyclées sans talent. Pire, le film endort, il tient rarement en haleine et il ne terrifie jamais, le comble pour un ouvrage de genre qui se veut "horrifiant". Là où l'interprétation aurait pu amener un second degré jubilatoire, la fadeur des personnages laisse à désirer. Le destin de Agnes Bruckner et de ses camarades est pratiquement sans intérêt. En directrice inquiétante, Patricia Clarkson ne glace jamais assez le sang. Quant au flamboyant Bruce Campbell, il ne possède aucune scène pour réellement étonner.
Derrière une pochette typée montrant quatre filles, des couleurs sombres et un lieu sinistre, il n'y a rien de vraiment excitant. Le menu principal reprend cette pose sans lui apporter le moindre mouvement. Il n'y a même pas de musique pour mettre en appétit! Les icônes sont toutefois très identifiables et avant que le film ne débute, le spectateur peut choisir de regarder le tout en format plein écran ou anamorphique. C'est malheureusement tout ce qu'il peut faire, car les suppléments se limitent à quatre pauvres bandes-annonces sans intérêt.
Prévisible de sa première à sa dernière image, "The Woods" cherche à en mettre plein la vue et les oreilles au lieu de captiver. Un choix esthétique qui devient rapidement ronflant. Sans intérêt ni profondeur, ce film présenté au dernier Festival de Fantasia n'arrive jamais à respecter ses prémisses. Du coup, il offre n'importe quoi à un public qui a déjà été en contact avec des éléments bien meilleurs ailleurs.
| Film | 4 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |