Quelques mois après le brillant United 93 de Paul Greengrass, le controversé réalisateur américain Oliver Stone offre sa version des attentats du 11 septembre 2001 par l'entremise de son attendu "World Trade Center". De l'émotion, des dialogues et du patriotisme qui ne peuvent que décevoir. Beaucoup ou légèrement, tout dépend des attentes.
Oliver Stone est un cas presque à part. C'est un cinéaste qui n'a jamais pris de gants blancs pour dénoncer les situations belliqueuses et ses meilleures œuvres comme Platoon et, surtout, JFK sont fondées sur des évènements qui ont bouleversé les États-Unis. Après avoir filmé un peu n'importe quoi sur Any Given Sunday et Alexander, le voilà qu'il s'attaque aux attentats du 11 septembre. Un sujet en or pour un homme cynique que ses détracteurs n'hésitent pas à décrire comme un paranoïaque notoire. Pourtant, le résultat surprend énormément pour l'auteur de Nixon. Il suit le parcours véridique de John McLoughlin (Nicolas Cage) et Will Jimeno (Michael Pena), deux policiers coincés dans les décombres des deux tours plusieurs heures après leur destruction. Ces êtres ne peuvent bouger et ils attendent les secours en parlant pour rester en vie. En parallèle, les épouses en peine (Maria Bello et Maggie Gyllenhaal) gardent espoir malgré les nouvelles qui s'assombrissent d'heure en heure.
Exit les montages spectaculaires, les explications tendancieuses, les démonstrations divertissantes et les prises de position politisées. L'auteur du mésestimé U-Turn offre une vision positive et édifiante du courage de l'homme lors d'une des journées les plus noires du début du 21e siècle. Les âmes font face à l'adversité sans abandonner, Jésus apparaît lors de quelques hallucinations et les souvenirs sont capables de triompher sur la haine et la méchanceté. Plusieurs motivations un peu trop patriotiques qui feront sourciller les admirateurs du délirant Natural Born Killers. Ces choix facilement contestables sont au service de l'émotion. Les dialogues entre les deux héros sont parfois déchirants et les réminiscences peuvent porter à réflexion. La recréation est minutieuse et Stone revisite New York avec un plaisir contrôlé, près de deux décennies après Wall Street. Si les deux actrices ne font que pleurer, la distribution masculine se veut beaucoup plus précise. Les yeux de Nicolas Cage sont plus évocateurs que cent paroles et la présence charismatique Michael Pena n'est pas négligeable. En même temps, les longueurs n'auront jamais été aussi apparentes depuis le moyen Heaven and Earth. Il y a énormément de répétitions, les péripéties qui se déroulent à l'extérieur des décombres sont peu intéressantes et le rythme manque singulièrement de pimpant. Après un superbe United 93 qui tenait royalement en haleine, difficile d'offrir quelque chose de mieux. Là où l'auteur de Born on the Fourth of July cherche l'honnêteté, la superficialité et les gros sentiments n'auraient jamais été aussi près.
La belle trame sonore un peu dégoulinante de Craig Armstrong sert admirablement le propos, mais elle péche souvent par excès. Les violons déchirent la conclusion, laissant un goût un peu amer. D'ici là, la piste sonore Dolby Digital 5.1 emporte tout sur son passage en offrant des bruits de roches qui s'affaissent, des sirènes et des explosions qui s'évadent de tous les haut-parleurs. Le sentiment d'y être est puissant. Pour un visionnement encore plus intéressant, mieux vaut laisser la piste francophone de côté tant le doublage réalisé en France laisse énormément à désirer. Au moins, de très beaux sous-titres jaunes espagnol et anglais sont présents pour faciliter la compréhension. Le soin apporté aux images est fort apprécié. Comme la majorité du long-métrage se déroule dans la pénombre, les contrastes se devaient d'être parfaits. Heureusement, ils le sont. Les tons de noir sont remarquables, toujours très distincts. Les images sont assez jolies et la définition des contours est impeccable. La seule lacune, omniprésente, est la présence de blocage apparaissant un peu partout, principalement sur les surfaces lignées. De quoi titiller légèrement la rétine.
Il existe au moins deux versions de ce film et l'édition commémorative est celle à se procurer. La pochette est définitivement plus jolie. Au lieu de montrer les différents protagonistes, il n'y a que deux tours, deux entités, des ombres, un ciel bleu et des nuages. Un cachet sobre qui est très apprécié. Les menus principaux sont hantés par une musique triste et un long montage de quelques scènes. Cette édition possède deux DVD. Sur le premier, il y a le film et quelques bonus. Sept bandes-annonces efficaces de futures productions de Paramount sont de la partie. Tout comme neuf scènes rallongées ou inédites. Si la plupart sont parfaitement oubliables, il est possible de savoir pourquoi Olivier Stone les a enlevées. La véritable mine de diamants est la présence de deux pistes de commentaires! L'alpha est composé des propos du cinéaste de Salvador qui, comme toujours, est précis et méticuleux dans ses dires. Il compare avec ses anciennes réalisations tout en mettant de l'avant les difficultés et les avantages d'un tel projet. Fascinant. L'oméga donne la parole au vrai survivant Will Jimeno et à ses sauveurs John Busching, Paddy McGee et Scott Strauss. Ces hommes parlent avec tristesse de ce qui s'est déroulé et du travail gigantesque de Stone. Il y a de l'humour et beaucoup d'humanité pour une écoute souvent plus appréciable que le produit fini.
Le second disque n'est également pas dépourvu de riches informations et, bonne nouvelle, des sous-titres anglophones, espagnols et français pour rejoindre un maximum de gens sont disponibles. Il y a tout d'abord un long documentaire d'un peu moins d'une heure sur le tournage. Celui-ci est séparé en trois actes. "Commiting to the Story" parle de la création du film et les dispositions pour rendre les personnages crédibles. "Shooting In NY and LA" traite des différents lieux de tournage et des autorisations pratiquement impossibles à décrocher. De son côté, "Closing Wounds" aborde les multiples états des individus, les effets de la noirceur et la création de Jésus. Une section mouvementée qui ouvre habilement l'appétit. Par la suite, "Common Sacrifice" raconte l'histoire des deux héros sous les décombres en séparant l'heure entre "Rescue" et "Recovery". Plusieurs plans montrent de graves blessures et il n'est pas rare que les larmes coulent à flot. Intense! Et c'est loin d'être terminé. Les segments "Building Ground Zero" et "Visual and Special Effets" sont pratiquement indissociables, car ils traitent tous les deux du rôle de la recherche et de l'implication de l'ordinateur pour créer des décors réalistes et sécuritaires. Une autre couche de profondeur pour une œuvre qui en avait bien besoin. Pendant près de trente minutes, Oliver Stone parle de sa ville chérie New York et à un autre endroit, il répond à des questions sur sa vision des évènements. Comme dessert, il y a la bande-annonce originale, sept publicités diffusées à la télévision et 54 superbes photographies. Pour une fois que le chausson n'est vraiment pas nécessaire!
Lorsqu'il y a des attentes, le cinéma d'Oliver Stone peut décevoir. The Doors n'a pas encore été digéré par tout le monde et ce nouveau "World Trade Center" surprend, mais pas nécessairement pour les bonnes raisons. Si le résultat est loin de l'échec décrié à gauche et à droite, il faut avouer que plusieurs éléments gênants gâchent un visionnement totalement satisfaisant. Les curieux y trouveront peut-être leur compte, tout comme les amateurs d'éditions soignées aux suppléments magistraux.
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |